Le 12 janvier 2007

L'implication des citoyens dans la sauvegarde
et la revitalisation du patrimoine.

Conférence donnée par Jean Barthélemy

A la suite du vernissage de l'exposition "Empreintes citoyennes", une bonne partie du public a rempli la salle de conférences pour entendre M. Jean Barthélemy, président des Journées du Patrimoine de Wallonie. Présenté par Mme Christine Van Bastelaer, chargée de la communication à la Maison de la Mémoire, le conférencier a parlé de "L'implication des citoyens dans la sauvegarde et la revalorisation du patrimoine". Vous trouverez ci-dessous le résumé de cette conférence.

COMPTE-RENDU

Président des Journées du Patrimoine, Jean Barthélemy, membre de l'Académie royale de Belgique, était la personne la plus qualifiée pour développer ce thème. Il l'a fait dans le cadre du vernissage de l'exposition "Empreintes citoyennes" (clichés du Photo-Club de Mons).

"Il y a trente ans, dit Jean Barthélemy, rares étaient ceux qui pouvaient s'imaginer l'ampleur qu'allait prendre le phénomène que Françoise Choay a qualifié de "culte du patrimoine". Celui-ci est manifestement le signe d'un désenchantement face à la dégradation et à la déshumanisation du cadre de vie. Il prend racine dans l'inconscient collectif : la peur de se retrouver dans un monde sans repère, l'angoisse ressentie à l'idée de devenir orphelin d'une partie de sa mémoire. (…) Dans cette perspective, le rôle du patrimoine est fondamental. Il faut le protéger et le revitaliser, non seulement pour lui-même, mais parce qu'il sert de repère providentiel à partir duquel peuvent se mettre en place de nouvelles stratégies de développement."

Cette entreprise débuta en 1963, lorsque le Conseil de l'Europe prit l'initiative de promouvoir une coopération européenne visant à sauvegarder et à mettre en valeur le patrimoine culturel immobilier. Le mouvement prit de l'ampleur à partir de 1975, proclamée Année européenne du patrimoine immobilier . Et celle-ci trouva son prolongement en 1981 avec la Campagne européenne pour la Renaissance de la Cité . Ces divers événements servirent de cadre à une réflexion en profondeur sur le rôle du patrimoine. La réhabilitation de ce dernier devait aller au-delà d'une simple démarche esthétique : elle devait s'inscrire au cœur de la vie des hommes.

Il était urgent d'intervenir, car le patrimoine se dégradait au même titre que l'environnement, victime de ces fléaux contemporains que sont "l'individualisme exacerbé et la glorification personnelle, l'esprit de lucre et la spéculation foncière, le conditionnement publicitaire et le mercantilisme, brefs les travers bien connus d'une civilisation industrielle plus soucieuse de productivité et de profit que de qualité."

Encore fallait-il que les architectes se mettent d'accord sur la manière de réhabiliter le patrimoine… A cet égard, la Charte de Venise (1965) avait offert le cadre conceptuel nécessaire. "Son idée-force, dit Jean Barthélemy, pourrait être résumée par le slogan "Halte à la falsification". Conserver tout ce qu'il est possible de sauvegarder dans son intégrité matérielle, respecter autant que possible les apports successifs de l'histoire et enfin recourir, s'il en est besoin, à une composition architecturale qui porte la marque de notre temps : autant de principes qui jettent un pont entre le respect de la substance historique et la recherche d'une insertion audacieuse de la modernité."

Mais la sauvegarde du patrimoine exige aussi une réaffectation des édifices, car le monde change et ses besoins également. L'architecte doit alors vérifier la compatibilité des fonctions nouvelles avec les caractéristiques morphologiques et structurales du bâtiment. De même, il doit veiller à la réversibilité de ses interventions.

Au-delà de ces impératifs fixés par les spécialistes, il convenait d'impliquer le public dans cette entreprise de revitalisation du patrimoine. La Conférence d'Amsterdam (1975) proclamait en effet que "les citoyens ont le droit de participer aux décisions concernant leur cadre de vie". "Mettre en place les conditions démocratiques permettant une nouvelle manière de gérer l'espace" n'était pas un mince défi. L'idée géniale, ce fut l'organisation des Journées du Patrimoine. A cet égard, la Wallonie fut pionnière. Dès 1989, elle se lançait dans cette entreprise, qui se révéla vite extrêmement populaire : de 90.000 visiteurs la première année, on est passé à 400.000 l'an passé. "Il faut souligner, ajoute Jean Barthélemy, que cette réussite est due au rôle moteur incontournable tenu par les organisateurs locaux et, en particulier, par le monde associatif, dont on ne peut que louer l'enthousiasme et le dynamisme." Ensemble très diversifié fourmillant de singularités, la Wallonie trouve dans ces Journées du Patrimoine une occasion de renforcer son identité.

Il reste que l'effort doit continuer. Et tout se joue au niveau des nouvelles générations. Voudront-elles reprendre le flambeau ? L'Institut Wallon du Patrimoine tente de les sensibiliser à ces enjeux de diverses manières, car ce sont la qualité, la diversité et l'authenticité de notre cadre de vie qui en seront à jamais marqués.

Jean Schils

 
Maison de la
     Mémoire de
          Mons

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