Maison de la Mémoire de Mons

Mieux comprendre notre culture, mieux maîtriser notre devenir

NTIC – Les nouvelles technologies de l’information et de la communication

En 1993, la Maison de la Mémoire de Mons proposait au public une exposition en mode réflexion intitulée “Ecritures – L’aventure scribale de l’Occident”. Le succès a été important, en partie dû à ce slogan “Et si, un jour l’écriture disparaissait ?”

Comment cela est-il possible ? Comment pourrait-on se passer de l’écriture ? Comme si l’écriture était éternelle, comme si elle avait toujours existé, comme si elle existerait toujours.

HdF1969_18AGrandesInventions_WEBEn réalité, notre société de la fin du XXe siècle et du début du XXIe est une époque remarquable, extraordinaire ! Nous sommes à un tournant radical dans l’évolution de notre culture. Les nouvelles technologies de la communication – parmi lesquelles se situent la révolution informatique et l’explosion des techniques audio-visuelles – nous entraînent vers une nouvelle société qui n’a de comparable que l’invention de l’imprimerie au XVe siècle. L’accès aux connaissances est surmultiplié ce qui rend possible la mise au point de nouvelles découvertes scientifiques et techniques qui vont grandement améliorer notre niveau de vie. Il suffit pour s’en convaincre de comparer l’espérance de vie dans nos sociétés occidentales qui est passée de 30 ans à 80 ans en un ou deux siècles. Et il n’y a pas de raisons pour que cela s’arrête. Plusieurs millénaires ont été nécessaires pour que l’homme réalise son rêve de faire voler des engins plus lourds que l’air ; il a suffi de 60 ans de progrès entre la traversée de la Manche par Louis Blériot en 1909 et le premier pas de l’homme sur la lune en juillet 1969. Ces progrès technologiques dus à une plus grande performance des moyens de communication et à une accumulation des connaissances ont eu des conséquences sociales et culturelles gigantesques.

 

Que dire, dès lors, du développement du savoir et de la technologie depuis l’introduction de l’informatique dans la deuxième moitié du XXe siècle ? Des pas de géant ont été réalisés entre l’invention de l’ordinateur personnel par Steve Jobs et l’utilisation des techniques de communication actuelles. Cette nouvelle technologie a dopé considérablement les capacités de notre cerveau en même temps qu’elle le libère des contraintes répétitives. Nous avons un esprit libre pour imaginer plus.apple

Un petit groupe de membres se réunit à la Maison de la Mémoire pour prendre en charge l’utilisation de ces nouvelles technologies. L’archivage par le biais d’une base de données de tous les documents de l’association, la numérisation de toutes les traces iconographiques des activités, la diffusion des informations par l’intermédiaire d’une version numérique de notre bulletin de liaison Interface, la gestion des adresses, la réalisation d’Interface et des publications, le suivi et la conservation des données concernant les travaux des autres chantiers comme celui du petit patrimoine montois, la conception et la maintenance du site Internet de l’ASBL, la gestion de la page Facebook de l’association : autant de réalisations dont s’occupe le chantier NTIC.

 

 

Mais, toute médaille a son revers. La société de tradition écrite était imprégnée de valeurs qui se sont constituées petit à petit, de génération en génération pendant plusieurs millénaires au point que ces valeurs étaient si évidentes, si “naturelles” que nul ne songeait à les mettre en doute.

 

smartphone-lineup_1020_large_verge_medium_landscapePrenons un exemple : la notion de durée. L’écriture était faite pour durer, ce qui est écrit est permanent et dans certains cas – en religion, par exemple – est Vérité, Dogme. C’est sur cette valeur, avec d’autres, que s’est construite la civilisation occidentale judéo-chrétienne. Ce qui est écrit est Vérité. Il suffit, d’autre part dans une application plus terre-à-terre, d’un acte notarié pour authentifier une transaction.

Imaginons un instant que l’écriture ne soit plus utilisée. Toute notion de durée, de permanence, de vérité, d’authenticité disparaît avec elle. Nous entrons dans le chaos, nous n’avons plus de repères. Or, on écrit et on lit de moins en moins et de moins en moins bien. Qu’allons-nous devenir ? De quoi sera fait notre avenir ?

Nous avions érigé la durée en valeur absolue, nous en étions imprégnés au point d’en être inconscients. Et voilà que cette évidence est battue en brèche. Nous sommes entraînés dans le monde de l’éphémère, nous perdons nos repères dans le passé, seuls l’actuel et l’immédiat sont importants. Alors pourquoi ne pas considérer l’éphémère comme valeur de civilisation et de culture ? Bien sûr, c’est choquant pour nos esprits de tradition écrite.

Ce qui, aujourd’hui, change tout, c’est le type de relations à l’antériorité que mettent désormais en œuvre nos mémoires collectives. Ces relations sont de plus en plus abstraites et abstractives. Elles excluent la durée. (…)

Le code scribal avait sacralisé la durée; le code électronal la rejette absolument et impose son contraire. Aux pratiques et au sentiment de la durée se sont substitués une consommation qui épuise l’objet, une logique du déclassement par l’âge, un impératif incessant de renouvellement. (…)

Notre entreprise est de créer de nouveaux moyens d’intégrer le temps à l’imaginaire de notre monde.

 

Françoise HIRAUX, Des Maisons de la Mémoire pour intégrer le temps à l’imaginaire de notre monde, CRCH, Louvain-la-Neuve, 1987.

Voilà bien matière à réflexion.

 

Dans son objet social, un des objectifs de la Maison de la Mémoire est de réaliser le transfert des mémoires antérieures sur supports nouveaux, et d’entreprendre la construction des mémoires d’aujourd’hui à l’intention des générations futures (statuts de 1987).

 

Outre le fait que cela pose énormément de questions et de problèmes sur l’utilisation des outils modernes de communication et de conservation ainsi que sur la faisabilité technique et financière du projet, encore faudrait-il réfléchir sur l’impact sociétal et culturel engendré par cette “révolution”.

Comment passer, par exemple, de la société de la durée vers une société de l’éphémère ?

Comment et pourquoi entretenir la mémoire collective ?

Comment convaincre les générations actuelles et à venir de l’importance de la mémoire ?

La mémoire est-elle aussi importante que nous le croyons ?

 

Ce sont des questions qu’il convient de se poser et à propos desquelles il serait opportun de réfléchir.

 

Pierre Moiny